SPORTMAG - 119 : National - Mars 2019

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« Mes courses ont pris du sens »

Des anecdotes, Christian en aura plein en 2 024 km. Celle survenue lors du 10 km du 14e arrondissement de Paris, le 20 janvier dernier, le marquera pour longtemps. Il a poussé Thomas, petit garçon en fauteuil roulant, jusqu’à l’arrivée. « J’ai vu que le papa, qui le poussait, n’était pas bien après 2 km. J’ai proposé de prendre le relais. Le papa m’a fait confiance et nous avons passé la ligne avec lui. J’ai vécu un moment chaleureux. C’est à cet instant-là que mes courses ont pris du sens. »

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Donner un sens à l’effort pendant 2 024 kilomètres

À 63 ans, Christian Cordier s’est lancé un défi de taille : courir 2 024 kilomètres en sept ans. En attendant la grande fête des Jeux olympiques à Paris en 2024, cet ancien professeur d’EPS avale les kilomètres dans le but de transmettre des valeurs qui lui sont chères : effort, solidarité, partage et respect.

Courir 2 024 kilomètres en près de sept ans : le pari peut sembler fou. Pourtant, Christian Cordier, 63 ans, professeur d’EPS à la retraite depuis le début de l’année, compte bien aller jusqu’au bout de son défi. Et pour cause, le projet « De Lima 2017 à Paris 2024 » dépasse la performance sportive et sert de cadre à la transmission des valeurs de l’olympisme : l’effort, la solidarité, le partage et le respect. Ces foulées, Christian ne les fait pas uniquement pour lui, mais pour plusieurs associations.



« Faire un geste symbolique »


Pour comprendre le projet de Christian, il faut retourner plusieurs années en arrière. À ce moment-là, la décision d’attribution des Jeux olympiques de 2024 n’avait pas encore été officialisée. « J’ai vu à la télévision le message « Made for Sharing » (slogan devenu en français « Venez partager », NDLR) sur la Tour Eiffel et ça a fait tilt dans ma tête », raconte l’ancien professeur d’EPS. « Le CIO se déplaçait au Pérou pour annoncer l’organisation des Jeux olympiques, mais sa présence n’aurait pas d’impact sur les bidonvilles. Des centaines de personnes défavorisées ne profiteraient pas de ce qui allait se passer à Lima. Je voulais faire un geste symbolique. En avril 2017, j’ai présenté mon projet au Comité d’organisation des Jeux olympiques qui m’a soutenu. » En septembre 2017, lorsque le COJO est parti en Amérique du Sud pour recevoir la bonne nouvelle, Christian s’est déplacé avec la délégation mais « pour un voyage humanitaire » avec l’appui de l’association Pérou Amitié Solidarité. Il a fait don de 9 000 € pour reconstruire des classes dans des villages touchés par les inondations de 2017. Il a organisé une course où les participants portaient les dossards de légendes comme Nadia Comaneci ou Jesse Owens. Deux jours plus tard, Teddy Riner est allé à la rencontre des sélections nationales péruviennes de judo. Enfin, le 13 septembre, il est monté sur le Machu Picchu avec la banderole « Paris, ville candidate, Jeux olympiques 2024 ». L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais « en octobre 2017, quand j’ai voulu rendre la banderole au COJO, ils m’ont demandé de la garder et de l’utiliser à bon escient. » Christian a donc cherché un moyen de partager la culture olympique partout.



Courir 300 km en un an


Les Jeux olympiques à Paris c’est en 2024, autant de kilomètres que Christian va courir avant la cérémonie d’ouverture et, « à chaque fois, je valide ma course avec une photo de la banderole et mon dossard », précise-t-il. Cela représente une moyenne de 250 à 300 km par an, soit 20 à 30 courses de 10 km ou de semi-marathons par an. « En 2018, je débutais, c’était timide. J’ai fait 220 à 230 kilomètres. Il faut maintenant que je mette un gros coup d’accélérateur. » Objectif en 2019 : 25 courses pour ajouter 300 km au compteur. Si Christian s’aligne sur des courses labellisées Fédération française d’athlétisme avec son club Groupe Athlétique de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), les courses caritatives sur les thèmes du handicap, de l’inclusion ou de la paix dans le monde, comme le 10 km de Rabat le 7 avril prochain par exemple, lui tiennent plus à cœur. Plus que l’effort, c’est la solidarité qu’il souhaite transmettre aux participants et aux organisateurs de ces courses à pied. L’ancien professeur allonge les foulées pour plusieurs associations, dont Un Quart De Plus. « Nous faisons découvrir le sport à des personnes qui ne peuvent pas en faire à cause d’une maladie génétique ou à de grands sportifs blessés », explique Xiuan Dan Nghiem, secrétaire de l’association. « On pousse les personnes à mobilité réduite dans une joëlette, un fauteuil roulant mono-roue. » Les membres de l’association ont rencontré Christian il y a un an à Noisy-le-Grand et ont été séduits par son challenge. « Nous avions envie de partager avec lui », complète Xiuan Dan Nghiem. « Il véhicule des valeurs importantes et mutualistes pour nous : la solidarité et l’effort. » Christian est devenu à la fois partenaire et adhérent de l’association. « Selon l’agenda, il se joint à nous sur des courses avec le maillot Un Quart De Plus ou il nous propose de venir sur celles où il compte s’aligner », raconte le secrétaire de l’association. « C’est un partenariat que l’on estime beaucoup. » Il permet aussi de faire émerger de nouveaux projets. « Nous voudrions amener la joëlette dans les bidonvilles du Pérou », annonce Xiuan Dan Nghiem. « J’y suis moi-même allé et ils ne connaissent pas cette façon de se déplacer alors qu’ils pourraient en avoir besoin. Sport et éducation vont de pair et dépassent le cadre des frontières et des couches sociales. »



« Le sport est un bon moyen d’intégration »


Le partenariat avec Un Quart De Plus est bien avancé, celui avec l’association Kabubu, qui a pour but de favoriser l’inclusion des réfugiés par le sport, n’en est encore qu’à ses débuts. « Nous organisons des événements sportifs avec des réfugiés et d’autres personnes et faisons des formations liées au sport », détaille Noémie Marchyllie, cofondatrice de l’association orientée vers le basket, la boxe, le football et le running. C’est sur cette dernière discipline que l’association a rejoint le projet « De Lima 2017 à Paris 2024 ». « Nous avons participé avec Christian à l’Ekiden Paris en novembre dernier », raconte Noémie Marchyllie. « Il a couru avec le T-shirt de Kabubu pour comptabiliser des kilomètres. Il a aussi pris une photo avec la banderole et des réfugiés en compagnie du président de la FFA. » L’association et le sportif se retrouveront le 31 mars pour la Grande course du Grand Paris. « Il nous a permis d’avoir des tarifs préférentiels. » Mais ce n’est pas tout, lors de cette course la solidarité prendra tout son sens car des réfugiés suivis par Kabubu pousseront la joëlette pour l’association Un Quart De Plus. « L’olympisme, c’est tout ça. Le sport est un bon moyen d’intégration », insiste Christian. L’ancien professeur a également donné 50 paires de chaussures à l’association, l’aidant dans ses recherches de tenues sportives. « C’est un chouette projet qui met en avant les valeurs de solidarité, d’effort, le dépassement de soi, la joie », sourit Noémie. « Je suis convaincue qu’il y aura d’autres actions. » « J’ai été enseignant pendant 42 ans dans l’académie de Créteil et j’ai rencontré des élèves de toutes les origines. J’ai compris que l’athlétisme était important dans toutes les cultures », confie Christian, qui s’est aussi rendu au Sénégal pour donner des chaussures.


« Mes courses ont pris du sens »


« Un grand marathon sur plusieurs années »


Inculquer les valeurs de l’olympisme a toujours été une mission éducative pour Christian. « Avec mes classes, je faisais des quiz olympiques sur les plans culturel et sportif, je leur parlais de choses marquantes. » Maintenant à la retraite, Christian souhaite demeurer garant de cette transmission et mener des projets éducatifs. « La grande inconnue sera mon état de santé. C’est comme un grand marathon sur plusieurs années et il faut que je sois en forme jusqu’à la fin. » « Nous allons le soutenir le plus possible, l’amener ensemble au bout de ce projet fabuleux », ajoute Xiuan Dan Nghiem. Car Christian compte bien aller au bout de son projet…

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